Le blog d’Antoine Planchot

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17 août 2026

# Carnet de voyage autour de la Baltique

Comme le titre le laisse entendre, il s’agit de notes de voyages prises au jour le jour pendant mes vacances. Je ne garantis pas une aventure passionante (peu probable), mais contrairement aux soirées diapositives de l’ancien temps vous êtes libres de partir à tout moment.

1er août, dans un train entre Francfort et Hambourg

Paris Est 9:06 — Frankfurt (Main) Hbf 13:16

Frankfurt (Main) Hbf 13:46 — Hamburg Hbf 17:29

Hamburg Hauptbahnof

Mes vacances seront un tour. Un « tour de la mer Baltique » avais-je fini par résumer à ceux qui me demandaient quelles étaient mes plans pour l’été. Au départ de Paris, trajet en train jusqu’en Suède, traversée en ferry jusqu’à Helsinki, puis re-traversée jusqu’à Tallinn. Sauts de puce ferroviaires dans les pays baltes jusqu’à rejoindre Varsovie, puis retour en France avec une dernière étape en Allemagne. L’affaire de deux semaines.

En disant que je vais faire un tour, je fais mien le dicton qui valorise le voyage par rapport à la destination. Ma destination, ce n’est finalement que mon point de départ qui se confond avec mon point d’arrivée. Ce qui donne sa forme au voyage, c’est d’abord son tracé sur la carte.

Alors que je m’y préparais, je me disais aussi que j’avais finalement fait le choix de ne conserver que la partie la plus stressante des vacances. En effet, l’estivant moyen aura tendance à se préoccuper de la logistique du transport, des pauses pipi sur l’autoroute, des clefs de la location à récupérer avant 18 heures… pour mieux pouvoir « se poser » une fois ces épreuves passées et profiter enfin (et il a bien raison). Rien de cela ici, à peine « posé », il faudra se lever pour repartir et s’inquiéter de sa prochaine correspondance menacée par un retard croissant, voire un « Zug fällt aus » lapidaire sur les écrans nerveux de votre Hauptbahnof de passage.

Le défi de cette modalité de voyage est donc de parvenir à profiter tout de même de ses vacances. Réussir malgré tout à « se poser », à apprécier l’endroit où on vient de débarquer, même pour une courte escale et sans se préoccuper des problèmes qui pourront survenir demain. Une fanfare locale qui joue des airs folkloriques, un verre en terrasse, une trempette à la plage ou quelques vieilles pierres : les objectifs du voyage seront atteints dans ces moments-là.

Je recherchais depuis quelques temps un moyen de garder une trace de ces « périples occasionnels », les quelques photos prises se perdant généralement dans un flot continu au fond d’un téléphone pour ne jamais être vues, quelques chanceuses surnageant en étant imprimées dans l’édition mensuelle du Famileo. Après avoir hésité avec la vidéo, façon vlogueur, j’ai opté pour le « carnet de voyage », genre que je maîtrise finalement assez peu. Vous me pardonnerez si je tombe dans quelques lieux communs.

J’opte pour une forme « journal de bord », dont je conclue ainsi la première entrée.

2 août, dans un train entre Tinglev et Malmö

ZOB Hamburg 8:55 — Tinglev 11:15 (bus)

Tinglev 12:50 — Malmö C 16:30

L’Øresund depuis Malmö

Je me suis réveillé à ce matin à Hambourg, où j’étais arrivé la veille. C’était le jour de la marche des fiertés, avec une tonalité forcément particulière une semaine après l’attentat à Berlin lors du même événement. L’ambiance était néanmoins festive et familiale, avec force bannières colorées, tenues excentriques et scènes musicales. J’apprécie assez de tomber sur des événements locaux en voyage, que ce soit des manifestations politiques ou des fêtes de quartier. Cela permet de « vivre » un peu plus l’endroit. J’espère que les touristes qui croisent des cortèges syndicaux à Paris mesurent leur chance de vivre une expérience bien plus authentique que les Champs-Élysées ou la Tour Eiffel.

J’étais déjà passé (brièvement) à Hambourg auparavant et je n’avais pas l’ambition (ni le temps) d’une excursion complète. Je me suis promené dans le centre autour de la Rathaus, où j’ai profité de la musique des festivités, et dans les allées du Hamburger Dom, la fête foraine au Heiligengeistfeld (j’arrête avec les mots allemands). Pas de manège me concernant, juste la bonne ambiance de foire avec beaucoup de monde, des attractions qui attrapent le bide rien qu’en voyant les gens se faire balancer dans tous les sens et une direction artistique assumée qui fait fi des lois sur la propriété intellectuelle.

J’évoquais hier la complexité logistique d’un tel itinéraire, il se trouve que j’avais été informé il y a quelques jours qu’en raison de travaux sur les voies au nord de Hambourg, mon train pour Malmö allait être remplacé par un bus sur une partie du trajet et que nous arriverions avec une heure de retard. Après avoir blâmé toutes les compagnies ferroviaires d’Allemagne et de Scandinavie, il m’a fallu réviser mes plans. En effet, j’allais rater ma correspondance pour Stockholm et tous les trains suivants étaient pleins. En outre, j’ai commencé à m’inquiéter irrationnellement pour le fameux bus : je craignais qu’il ne se présente pas, que je ne le trouve pas, qu’il soit plein… que tout mon voyage « déraille » à partir de là, dès le jour 2.

Finalement, alors que je me présentais ce matin avec 50 minutes d’attente à la gare routière, je fus accueilli par une signalétique claire, trois bus spécialement affrétés se présentant promptement, pour un embarquement rapide et sans encombre et un transfert en train dans les temps annoncés. Je m’excuse solennellement auprès de Snälltåget pour avoir douté d’eux. Ce soir, arrêt à Malmö ; demain matin, direction Stockholm.

Quelques enseignements pêle-mêle sur la gestion de l’imprévu et son anticipation (orientés Interrail) :

3 août, sur la mer entre Stockholm et Helsinki

Malmö C 7:07 — Stockholm C 11:35

Stockholm, Stadsgården 16:00 — ...

Vue de Beckhomen et de Djurgården par un hublot du MS Viking Cinderella

Il n’était pas dans mes plans initiaux de m’arrêter à Malmö, mais l’embrouillamini causé par le retard m’avait conduit à y prévoir un arrêt pour la nuit. Le voyageur ferroviaire peut avoir tendance à regarder de haut Malmö, sa gare pouvant faire figure d’annexe suédoise à celle de Copenhague, juste de l’autre côté de l’Øresund à une trentaine de minutes. En outre, les alentours de la gare donnent essentiellement à montrer quelques canaux bordés par un mélange architecturale baroque d’immeubles de bureaux cubiques et de vieux bâtiments en briques sans grand signe distinctif.

Cependant, en s’éloignant un petit peu de la gare, on arrive au Slöttsgården, un réseau de jardins partagés longeant des canaux où la promenade est très agréable. En poussant un peu la marche, on parvient à la plage de Malmö qui permet d’apercevoir l’ombre de Copenhague au loin. En continuant sur les quais de la ville, on trouve de l’animation avec des restaurants et une piste de danse au bord de l’eau tandis que le soleil se couche à l’horizon. Les couleurs du ciel sont magnifiques.

Le réveil a sonné très tôt ce matin pour rejoindre (enfin) Stockholm. La nuit fut courte, perturbée par le stress du train que je ne devais surtout pas rater et l’angoisse d’une perturbation technique m’empêchant d’arriver à destination (j’en deviens paranoïaque). C’est donc naturellement que je suis encore arrivé avec 50 minutes d’avance à la gare et que le train est évidemment parti et arrivé exactement à l’heure annoncée. Les paysages le long de la route donnent à voir beaucoup de forêts et quelques lacs.

J’avais déjà exploré substantiellement Stockholm l’année passée, je n’étais donc pas trop chagriné d’y passer un temps restreint avant d’embarquer en milieu d’après-midi pour la Finlande. Le ferry pour Helsinki constituait pour moi une étape importante du voyage, comme s’il allait enfin réellement commencer ici. Après avoir tracé ma route jusqu’à Stockholm sans m’attarder sur des sentiers déjà parcourus, j’allais ici entrer dans l’inconnu.

Ma première impression du ferry depuis le quai fut marquée par sa grandeur. Alors que j’associais jusqu’ici mentalement le mot « ferry » à une modeste navette nautique pour aller d’un point A à un point B, façon ligne de bus, je me rendais compte qu’évidemment le navire se rapprochait plutôt du paquebot (voyez plutôt) (le terme technique semble être « ferry de croisière », écoutez, je n’y connais rien). Sur le moment, des doutes m’assaillirent : Ne valais-je donc pas mieux que ces retraités dans les reportages de M6 qui partent en vacances sur la méditerranée, contribuant au surtourisme à chaque escale et faisant couler un peu plus Venise chaque jour ? Était-ce bien la peine de faire le malin à prendre le train si c’est pour finir dans un immeuble flottant moins écoresponsable que n’importe quel vol low cost ?

Satisfait néanmoins d’avoir atteint ce jalon du parcours, j’ai décidé de remettre à plus tard l’analyse de mes contradictions d’occidental écoanxieux. Le premier tiers du trajet environ fut consacré à sortir de l’archipel de Stockholm. Cette partie est absolument bucolique, longeant de multiples îles de toutes tailles, recouvertes chacune d’une petite forêt et d’une poignée de maisons, faisant rêver d’une cabane dans les bois pour des retraites au vert. C’est là, sur le pont de ce gros bateau qui pollue, après plusieurs jours à angoisser devant des horaires de train, que j’ai vraiment ressenti le premier souffle de sérénité.

Les gros navires de ce type ont un aspect ludique. On se plaît à chercher les accès cachés, chacun des recoins des douze étages paraît receler une quête secondaire, entre le « Nightclub », l’espace pour enfants ou le casino (et oui…). L’agitation permanente causée par tous les passagers qui errent (comme je le fais moi-même) peut cependant devenir épuisante à la longue, les espaces calmes étant rares en dehors des cabines. Au hasard d’un détour, je suis tombé sur un bar karaoké. Me sentant ambassadeur de la francophonie, j’ai gratifié l’assemblée de Je ne suis pas un héros de Daniel Balavoine, qui rencontra un succès d’estime. Je poursuivis plus tard avec L’Été indien et Au bout de mes rêves, mais la soirée avançant et le bar se vidant, la magie n’opérait plus. Je retiens néanmoins deux découvertes musicales : Alla Flickor de Linda Bengtzing (lien YouTube), chanson pop suédoise interprétée par un duo de jeunes femmes survoltées, et Pariiseja du groupe Souvarit autour du chanteur Lasse Hoikka, chanson finnoise un peu kitsch sur Paris interprété par deux lurons probablement alcoolisés (lien YouTube).

Mon téléphone m’informe que nous entrons en Finlande et que le fuseau horaire change, on avance d’une heure. Par le hublot, la nuit est tombée. Les îles d’Åland font une apparition lors d’un arrêt bref. Il va être temps de se coucher.

4 août, dans une chambre d’hôtel à Helsinki

... — Helsinki, Katajanokka 9:15 (ferry)

Entrée du musée des beaux-arts de Helsinki

Il a (encore) fallu mettre un réveil ce matin pour débarquer. La zone portuaire n’est pas d’un charme fou, mais après quelques minutes de marche j’arrive dans le cœur de ville. Une fois le sac à dos largué, je démarre assez vite la visite au gré des listes d’attractions touristiques sur Internet, des hasards de la déambulation et de ce qui m’attire l’œil sur Google Maps. La cathédrale luthérienne, toute blanche au sommet d’un escalier que la perspective fait ressembler à un mur, est effectivement saisissante. Construite au milieu du XIXe siècle, son architecture peut cependant laisser dubitatif un habitué des cathédrales catholiques. L’intérieur est relativement petit par rapport à ce que parait promettre l’extérieur et les ornements sont réduits au strict minimum. Dessous, la crypte n’accueille aucune sépulture.

La bibliothèque centrale d’Helsinki « Oodi » m’a fait forte impression avec son étage dédié à la création, mettant à disposition (en vrac) des instruments de musique, des logiciels de conception graphique, des machines à coudre, des imprimantes 3D, des salles de réunion, des studios d’enregistrement… Un panneau indique « Les espaces de jeu et les studios sont accessibles uniquement avec une carte de bibliothèque. Pas encore de carte ? Pas de problème, vous n’avez qu’à déménager en Finlande ». L’étage des livres évidemment ne déçoit pas, avec des rayonnages nombreux sur un large plateau et une baie vitrée offrant une vue panoramique de la ville. Au rez-de-chaussée enfin, un coin cafétéria permet de bien manger pour pas trop cher.

Je suis ressorti jaloux de ce bâtiment qui offre un si large panel de services, combinant médiathèque, ludothèque, espace de travail partagé, « fab lab », cantine… et en même temps permet aussi de simplement venir et de se poser, que ce soit pour lire, être sur ton téléphone, ne rien faire ou même dormir. Le service public ultime. Dans la foulée, j’ai enchaîné avec le musée d’art de l’Ateneum pour rendre hommage aux grands noms de la peinture finlandaise : Akseli Gallen-Kallela, Eero Nelimarkka, Albert Edelfelt… tous les cadors.

Pour finir la journée, j’ai été piqué une tête à la plage de Hietaniemi. Comme partout, c’est froid au début mais une fois qu’on est dedans ça va. Au retour, un passage par le sauna de l’hôtel, histoire de bien tout transpirer comme il faut. Après un temps, la tête commence à tourner au ralenti. Une douche froide et ça va mieux.

5 août, toujours à Helsinki

Détail du monument à Jean Sibelius

Alors que le « tour » marque une pause le temps de l’arrêt à Helsinki, je ne m’arrête pas pour autant de bouger dans tous les sens. En effet, le temps sur place est contraint, donc il faut le remplir. Mais à quel point ? Je me suis réveillé ce matin avec les pieds endoloris à force d’enchaîner les journées à plus de 15 000 pas dans des chaussures qui commencent à s’user sévèrement. Ma bonne conscience me dit de profiter du temps sur place au maximum et de repartir arpenter les rues à la poursuite des « incontournables », mais une autre part de moi aurait bien été zoner à la plage ou à la bibli.

On pourrait certes me faire remarquer que ce n’est pas la peine d’aller aussi loin quand on a des envies aussi simples à satisfaire mais si je ne peux même pas me faire en plaisir en vacances à quoi bon ? Je n’aurais de toute façon pas le temps de voir tout ce qu’il y a à voir, donc autant en laisser de côté pour avoir une bonne raison de revenir. Je coupe la poire en deux : le matin, l’église Temppeliaukio creusée dans la roche et le parc Sibelius avec son monument au compositeur éponyme en forme d’orgue. Une pause à midi pour le « meilleur bagel de Finlande », puis rédaction de cartes postales à la bibliothèque et plage.

À la plage il y a une famille française à côté de moi. J’ai l’impression de porter un terrible secret en taisant ma francophonie. Pas de mot déplacé de leur part, mais à un moment la mère désigne discrètement à sa tribu un groupe dans l’eau : « c’est des Français ! » leur chuchote-t-elle. En effet, les éclats de voix ne trompent pas. Mon sentiment d’être un agent double est à son paroxysme, mais en bon agent secret je maintiens ma couverture.

Je clos la journée avec une petite course. Je passe par le parc central de Helsinki (Helsingin keskuspuisto, New York n’a rien inventé). Ma route croise plus tard celle d’un robot de livraison autonome qui attend au passage piéton. J’ai encore mal aux pieds et demain il va falloir se remettre en route.

6 août, entre Helsinki et Tallinn

Helsinki, Katajanokka 11:30 — Tallinn, Vanasadam 14:00 (ferry)

Un vieux camion soviétique

La fatigue me percute un peu soudainement alors que j’attends pour embarquer dans le ferry. Il va falloir que je fasse du zèle sur mes heures de sommeil. Je parviens tout de même à profiter du spectacle maritime au début de la traversée du golfe de Finlande. En voyant les mouettes (les goélands ?) nous suivre, je pense à Éric Cantonna. Le bateau est peu ou prou similaire à celui de la traversée depuis Stockholm. J’avale un déjeuner, je m’installe quelques instants dans un canapé sur le pont battu par les vents, avant de trouver un espace animé par un groupe de reprises puis une mascotte pour enfants mi-félin mi-rongeur. Quelle vie cela doit être, artiste en croisière.

Un SMS, mon opérateur téléphonique me souhaite la bienvenue en Estonie.

7 août, dans une chambre d’hôtel à Tallinn

Exposition « Kromaatiline triiv » de Kristi Kongi au Kumu

Une fois débarqué, j’ai filé à l’hôtel pour taper ma meilleure sieste. La visite attendra. En fin d’après-midi, je pars déambuler dans la vieille ville. Celle-ci a du charme et on ne manque pas de nous rappeler à chaque coin de rue son inscription à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. On sent que l’endroit est complètement dédié aux touristes, Tallinn paraissant être pour le reste une ville moderne avec notamment un tramway récent et de nombreux chantiers d’immeubles de bureaux. Pour le repas du soir, je me laisse piéger par un attrape-touristes sur la place de l’hôtel de ville à la faveur d’avis positifs sur Google Maps : le service est aux fraises, la nourriture convenable et les prix indignes. Les images générées par IA sur le menu auraient dû m’alerter.

Le lendemain, je traîne un peu au lit et me fixe un programme modeste avec en objectif principal le Kumu, le musée d’art. Ce dernier propose des œuvres d’artistes estoniens à partir du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. Une section est dédiée à l’art pendant la période soviétique et une autre à l’époque contemporaine avec des installations plus ou moins psychédéliques. J’ai dû rester au moins un quart d’heure à regarder un dessin animé en mauvaise 3D figurant les rêves de l’artiste, façon Skibidi Toilet. J’ai déambulé ensuite dans le parc autour du château de Kadriorg, jusqu’à rejoindre la côte et un petit bras de plage (pas de baignade, et un panneau semblait décourager de marcher même sur le sable en raison d’un grand nombre de « bactéries intestinales ») (revue de presse).

Ce soir, j’ai opté pour un « repas confort » avec un hot dog volumineux à Telliskivi, qui paraît être le quartier un peu branché de la ville, avec galeries d’art et restaurants « street food ». Les frites avaient un goût de gentrification.

8 août, entre Tallinn et Riga

Tallinn 10:51 — Valga 14:18

Valga 14:28 — Rīga Pasažieru 16:47

Monument au danseur de ballet Māris Rūdolfs Liepa dans le parc Bastejkalns

La gare de Tallinn n’est pas très grande, avec huit voies, un départ toutes les 10 à 15 minutes et un bâtiment voyageurs entièrement constitué d’un Burger King. Quelque soit la destination, les trains sont semblables à des TER, sur un seul étage avec l’équivalent de trois rames. Il y a néanmoins de la place pour tout le monde. Quelques minutes avant de monter à bord, j’ai un éclair de lucidité et vais m’acheter un sandwich. J’en veux à LTG Link qui m’a vendu un siège réservé alors que les places ne sont pas numérotées. Un changement de train est nécessaire à Valga, juste avant la frontière avec la Lettonie, le temps de changer également de transporteur (au revoir Elron, bonjour Vivi). Il n’y a qu’à traverser le quai, l’opération est pliée en moins de dix minutes.

Alors que le voyage est (à peu près) à sa moitié, je tire des premiers enseignements. Déjà, c’est fatigant. Voyager est fatiguant et visiter une ville est fatiguant, d’autant plus quand on y reste peu de temps et qu’on souhaite en tirer de la substance. Faute de moments pour « me poser », j’ai du mal à me détendre et à profiter, inquiet de « mal visiter » et soucieux de la prochaine connexion. Sans abandonner le train, le prochain voyage sera certainement avec une destination unique.

J’ai aimé Helsinki, et probablement retournerai-je en Finlande. Les îles autour d’Helsinki mériteront une excursion, de même que le nord du pays. D’une manière générale, il me faudra approfondir les pays nordiques. Tallinn m’a paru « bien mais sans plus » et je redoute de repartir avec le même sentiment de chacune des capitales baltes.

Sans encore dire que je suis pressé d’en finir, j’accueillerai en tout cas favorablement le moment du retour. Je ne suis pas mécontent d’avoir entamé ce carnet de voyage, que je parviens à mettre à jour quotidiennement. Le mélange des choses vues avec les choses ressenties paraît pertinent, à voir s’il intéressera quelqu’un d’autre.

9 août, à l’hôtel à Riga

Vue de Riga depuis la tour de l’Église Saint-Pierre

La gare de Riga est bien plus imposante que celle de Tallinn. La vieille ville me fait également une plutôt meilleure impression, mon analyse de terrain me conduisant à penser que l’absence de remparts tend à atténuer la frontière entre la zone purement touristique et le reste de la ville. Au-delà du centre historique, la voiture occupe une place prépondérante, rendant les déplacements à pied plutôt pénibles. Les infrastructures paraissent en outre un peu usées au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre, avec quelques nids de poule et des bâtiments un peu défraîchis.

Je consacre ma journée de visite notamment à l’église Saint-Pierre de Riga. L’intérieur est un peu dépouillé mais l’emphase est mise sur la tour du clocher qui permet une vue à 360° sur la ville. L’accès se fait uniquement par un ascenseur qu’il faut prendre en haut d’une volée de marches. L’accès aux personnes à mobilité réduite, et je ne suis pas certain de comment se ferait l’évacuation en cas d’incendie. On s’en pose des questions des fois. Ah oui, j’allais oublier, la vue est sympa.

Je passe également du temps au musée de l’occupation de la Lettonie, qui raconte comment la Lettonie (et les pays baltes) se sont fait successivement envahir et occuper à partir de 1940 par les Soviétiques, les Nazis, puis encore les Soviétiques jusqu’en 1990. L’épisode paraît très marquant pour les Lettons, qui insiste beaucoup sur l’atteinte à leur souveraineté et la continuité de jure de leur État depuis leur première déclaration d’indépendance en 1918. Le musée est très riche en informations et en documents, mais sa muséographie est un peu oppressante avec de nombreuses projections lumineuses et des enregistrements sonores en toile de fond en permanence.

Un peu partout, je note que la langue russe est très présente. C’est souvent le deuxième langage sur beaucoup d’affichages, les menus des restaurants par exemple. En me documentant, les Russes (au sens ethnique) occupent une part importante de la population municipale, quoiqu’en baisse (38 % en 2015). Les églises orthodoxes sont des lieux importants à ce titre, les Lettons étant plutôt majoritairement protestants. Le temps me manque pour une analyse sociologique complète, mais cela n’empêche pas les drapeaux ukrainiens de se montrer un peu partout.

Alors que j’écris ces mots, la télévision de ma chambre fonctionne en fond. J’ai mis Nickelodeon. Je note que les dessins animés et les séries ne sont pas doublés comme en France, mais traduits avec une voix en surimposition à la façon des documentaires d’Arte où on entend l’anglais faiblement sous la voix de traduction. Cela ne m’empêche pas d’apprécier les épisodes d’iCarly.

10 août, entre Riga et Vilnius

Rīga Pasažieru 16:55 — Vilnius 21:33

Le parc Daugava, au bord de la Daugava

Mon train ne part pas avant la fin de l’après-midi, j’ai donc encore du temps à tuer à Riga. J’en profite pour aller à la cathédrale (protestante). Ses vitraux valaient bien le détour, ainsi qu’un vieux cloître adjacent où je retrouve une part de sérénité. Les églises protestantes ont peut-être encore des choses à offrir après tout. Je me dirige ensuite vers le fleuve dont je commence à longer le quai. Je parviens par hasard à un petit coin herbeux trop mignon avec une modeste bande de plage, encadré d’une part par un pont autoroutier et d’autre part par un concessionnaire automobile. Pas de baignade mais parfait pour une pause.

Je ne sais pas trop quoi penser de Riga, j’ai l’impression d’avoir tourné en rond dans la vieille ville (charmante au demeurant). J’y ai tout de même senti une profondeur historique plus importante qu’à Tallinn. La ville semblait présenter également plus « d’aspérités » (comprendre, du bitume abîmé). Elle gagnerait aussi à prévoir quelques aménagements cyclables.

Je prends mon train sans soucis, il s’agit en fait de la suite de la ligne qui m’avait déjà conduit de Tallinn à ici. Lors d’un arrêt à la gare de Jelgava, j’aperçois des wagons-citernes avec des inscriptions en cyrillique (en russe ?). J’ai l’impression d’être reporter de guerre en Ukraine, peut-être qu’un scandale se joue sous mes yeux.

J’ouvre une parenthèse sur les consignes en gare. Depuis le début du trajet j’ai fait un usage intensif des casiers pour déposer ses bagages, à Stockholm, Helsinki et Riga. Leur existence me paraît maintenant acquise, mais je me rends compte que je ne sais même pas si cela existe en France. Je n’en ai en tout cas jamais eu l’usage, et je ne saurais pas où les trouver à la gare Montparnasse (par exemple) (s’il y en a).

Il pleut.

11 août, dans ma chambre à Vilnius

Vue de la chapelle Saint-Casimir à l’intérieur de la cathédrale de Vilnius

J’adorerais faire un titre un peu stylé, du type « à la terrasse d’un café à Saint-Pétersbourg » en mode écrivain bohème, mais je ne peux pas vous mentir. Je laisse mon ordi dans ma chambre quand je sors, cela fait déjà lourd dans le sac à dos entre le Kway et les biscuits pour le goûter, on ne va pas s’encombrer pour rien. Donc là c’est le soir et je suis allongé sur le lit avec l’ordi sur le ventre.

J’ai bien dormi, bonne literie. Dommage que la salle du petit-déjeuner soit trop petite, ça aurait été un sans faute sinon (anecdote, alors que j’attendais ce matin avec mon assiette de viennoiseries à la main qu’une table se libère, un type à l’accent italien m’a dit « c’est là qu’on voit la différence entre Européens et Américains, les Américains ils laissent leur table quand il voit des gens attendre » et je n’ai pas su quoi lui dire). Détail cool, la salle de bain de ma chambre a une porte de douche. Ça paraît aller de soi en le disant comme ça, mais dans les hôtels à Tallinn et à Riga il n’y avait pas de porte à la douche dans la salle de bain. C’est bien gentil de faire des douches à l’italienne, mais rien qu’un rideau ça évite de foutre de l’eau partout.

Les capitales baltes se suivent et se ressemblent un peu, donc ÉVIDEMMENT le centre historique est inscrit à la liste du patrimoine de l’UNESCO. La comparaison est inévitable, chaque ville ayant ses spécificités (et ça serait bien dommage de faire le déplacement aussi loin pour se rendre compte qu’en fait il s’agit de trois pays identiques qu’on a raison de confondre depuis tout ce temps). À ce titre, Vilnius est très sympathique, me donnant l’impression d’un endroit agréable à vivre. J’ai eu un petit coup de cœur pour le quartier d’Užupis, autoproclamé république autonome avec sa constitution affichée sur les murs (vraiment en plein dans mes hobbys) et ses artistes hors cadres (beaucoup de street art un peu partout à Vilnius).

Curiosité : Sur une des places principales il y avait un « Portal », un grand écran circulaire avec une webcam qui diffuse le flux en direct d’autres villes ailleurs dans le monde (le site du projet). L’occasion de se faire « coucou » à distance, ce qui est rigolo. Ou « 6-7 » si vous avez huit ans et demi.

12 août… dans la chambre… à Varsovie

Vilnius 6:27 — Mockova 8:52

Mockova 9:05 — Warszawa Centralna 13:03

Un train au petit matin en gare de Vilnius

Est-ce que c’est une heure ? A-t-on vraiment idée ? Le voyage a été long, d’autant plus qu’il faut prendre en compte la traversée d’un fuseau horaire. Tu pensais qu’il était 9 heures ? Eh ben non, il est toujours 8 heures en fait. C’est quand même terrible : à l’aller ça m’emmerdait de perdre une heure de sommeil, et au retour ça m’emmerde de gagner une heure de trajet. Il faudrait en tenir compte pour les changements d’heure et déplacer les passages à l’heure d’été à 14 heures un lundi.

Alors que j’avais retrouvé du poil de la bête à l’issue de mes quelques jours dans les pays baltes, me voilà revenu au fond du seau. J’ai péniblement somnolé dans le train mais c’était bien insuffisant et je n’étais pas frais du tout à l’arrivée. En attendant de pouvoir récupérer ma chambre, je me suis échoué dans une chaîne de burgers quelconque dans un centre commercial à proximité (non content d’avoir atteint mon minimum en énergie, j’avais également terriblement faim). Une fois dans ma chambre, petit coma peu efficace sur le lit avant d’aller traîner dehors. J’ai vaillamment snobé l’éclipse, mais je pense que j’étais à la limite de la zone touchée, le soleil s’étant couché peu après 20 heures.

Varsovie ne m’a pas fait un effet de dingue pour l’insant, je suis assez frappé par la quantité d’immeubles modernes et de pubs partout. J’ai fini par tomber sur un coin sympa au bord du fleuve et quelques rues commerçantes, mais ça ne suffit pas à faire un monde. J’attends de voir le centre historique (vous n’allez jamais me croire, mais l’UNESCO…).

13 août, toujours à l’hôtel

Un reste du mur du ghetto de Varsovie au rez-de-chaussée d’une tour de bureau

Par soucis de transparence : je suis sorti de ma chambre d’hôtel entre hier et aujourd’hui. Il se trouve simplement que j’y suis revenu. Pour écrire ces lignes. Et dormir. J’ai très bien dormi d’ailleurs.

Varsovie, Varsovie, Varsovie… Difficile à saisir. J’ai passé les premiers moments de la matinée à slalomer entre les gratte-ciel pour trouver quelques restes de l’ancien mur du ghetto. Il y en a, mais on sent qu’ils sont à un ravalement de façade de disparaître. Il faut dire que la ville a été largement rasée pendant la Seconde guerre mondiale (à 85 % ai-je lu) et cela n’a pas dû faire partie des priorités à sauver (on le comprend aisément). Je l’impression que la relation entre la ville et ce vestige est le même qu’entre Berlin et son mur : on a conservé quelques pans pour la mémoire mais on ne va pas les mettre sous cloche non plus. Et l’ancien tracé est indiqué au sol.

Je me suis dirigé ensuite vers la « vieille ville » (Stare Miasto), largement reconstruite après la guerre. C’est certainement le quartier le plus agréable de la ville pour la promenade (et c’est là que se trouve tous les touristes) (dont je suis) mais l’impression d’être dans un décor peut être forte. Les pavés ont remplacé le bitume sur les routes, il y a des statues des grands hommes (surtout des hommes) un peu partout et les bâtiments ont gagné en décorum. Il y a même quelques églises « de l’époque ».

Je me suis ensuite dirigé vers le parc Łazienki, l’espace vert principal, en remontant la Voie royale qui passe notamment devant le palais présidentiel et le parlement. Le parc est fort sympathique, avec notamment une importante population d’écureuils et de paons. Où que ce soit, un espace vert un peu sympa peut complètement me faire adhérer à une ville.

14 août, devinez où

Aigle en céramique dans la galerie Wettyn du palais royal

J’ai été courir au réveil. J’ai suivi le premier trajet recommandé par Strava au départ de l’hôtel, c’était un parcours très urbain (comprendre « bétonné ») et assez peu scénique (à part à un moment où il y avait un petite passerelle sympa au dessus de la Vistule). Après deux semaines à faire plus 20 000 pas par jour, vous ne serez pas étonnés d’apprendre que j’ai boité tout le reste de la journée (gros malin va).

Le matin j’ai été au palais royal de Varsovie (largement reconstruit) qui valait bien le détour. J’ai été un peu étonné au moment de prendre mon billet, on m’a demandé de choisir entre la Museum Route et la Royal Route, présentant chacune des pièces différentes du château. Quitte à payer mon ticket, autant tout voir… J’ai opté pour la première, promettant un passage par les chambres parlementaires, notamment le Sénat où a été signé la Constitution du 3 mai 1791. Vous connaissez mon goût pour les constitutions et le travail parlementaire, on l’a déjà évoqué ici.

J’ai envisagé brièvement de truander pour repartir en visite après avoir fini mon tour « muséal » pour voir la version « royale » mais j’avais faim (et j’avais mal aux pieds, souvenez-vous). Ce sera pour une autre fois. J’ai donc été déjeuner, j’ai fait tous les plats traditionnels d’un coup avec une soupe żurek servie dans un bol en pain et une assiette de pierogi (des genres de raviolis) (je n’ai pas encore décidé comment gérer de manière cohérente les pluriels des noms étrangers).

Pour l’après-midi j’ai relancé mon application de Geocaching pour me laisser guider un peu au hasard dans le centre-ville. J’ai fait une belle série, en validant une petite dizaine. Belle pêche. Cela permet de découvrir des coins sympas qu’on aurait pu ignorer autrement. Demain, on repart sur la route. Il va encore falloir se lever tôt, le bout du chemin est proche. Vivement que je reprenne le travail pour pouvoir me reposer.

15 août, entre Berlin et Hanovre

Warzawa Centralna 7:00 — Frankfurt (Oder) 11:09

Frankfurt (Oder) 11:35 — Berlin Hbf 13:30 (bus)

Berlin Hbf 14:47 — Hannover Hbf 16:28

Le (nouvel) hôtel de ville de Hanovre

Le scénario commence à être connu. Réveil matinal, coup de barre monumental, déficit énergétique abyssal. En arrivant à la gare de Varsovie, je m’étonne : le train annonce comme destination Berlin. Mais alors pourquoi ai-je prévu dans mon itinéraire un changement à Francfort-sur-l’Oder ? (À ne pas confondre avec l’autre Francfort plus connu que nous avons déjà croisé au début de notre itinéraire, mais qui est sur le Main celui là.) La réponse me viendra bien vite, la dernière partie est assurée par un bus de remplacement. Constatant cela lors de la planificaiton j’avais anticipé en prévoyant un itinéraire alternatif en train (je vous renvoie à mes angoisses existentielles sur les bus de remplacement que nous avons déjà évoquées) (je suis content que ce carnet fasse émerger des thématiques récurrentes, ds arcs narratifs se créent naturellement).

N’écoutant que mon courage, je me suis laissé embarquer dans le bus de remplacement, histoire d’en finir une fois pour toutes avec mes traumatismes. L’expérience fut somme toute satisfaisante, les bus arrivant promptement et le trajet se déroulant sans accroc.

Je souhaite par ailleurs me plaindre de la première classe dans les trains polonais. Nous étions dans un compartiment de six sièges, en disposition 3-3 se faisant face, avec un embryon de tablette à une extrémité. Les fauteuils étaient certes confortables avec un bon repose-tête, mais cette agencement des sièges et l’absence de tablette est rédhibitoire. Même dans les TER les sièges ont une tablette, même dans le bus de remplacement j’avais une tablette. Les sièges face à face brouillent les pistes de l’espace dévolu à chaque voyageur (d’autant plus en l’absence de tablette) et la position des jambes peut faire l’objet de tensions et de frustrations. Dans la hiérarchie des éléments de confort que j’attends dans un train, la disposition des sièges et la tablette passe avant le service du café à la place et le confort de l’appui-tête.

Aujourd’hui est la dernière escale du parcours, à Hanovre (attention, un seul N en français mais deux en allemand). Le choix de cette étape s’est fait un peu au feeling, même si je n’y passerai qu’une nuit avant de m’engager pour la dernière ligne droite. Je compte en profiter pour au moins faire un petit tour du centre ville (est-il inscrit à l’UNESCO ? le suspense est à son total). Demain viendra sûrement le temps du bilan (calmement), même si j’ai encore un peu la tête dans le guidon. Les deux semaines furent denses, il me faudra sûrement un peu de temps.

16 août, entre Francfort et Paris

Hannover Hbf 13:53 — Frankfurt Hbf 16:14

Frankfurt Hbf 16:55 — Paris Est 20:42

Is this home?

Bien, cette fois je crois qu’on y est. Je ne suis pas encore à la maison au moment d’écrire ces lignes mais je vois mal ce qui m’empêchera de dormir dans mon lit ce soir, pas même un tronc sur les voies et un dernier bus de remplacement.

J’ai eu un peu de temps pour jeter un œil à Hanovre hier soir et ce matin. Le centre ville est essentiellement commerçant avec quelques rues piétonnes, ce qui est sympathique mais pas renversant non plus. En poussant plus loin on tombe sur le « nouvel » hôtel de ville, construit en 1913. Il est entouré d’un parc avec un plan d’eau dans lequel se reflète le bâtiment qui est lui-même très impressionant, ce qui donne immédiatement beaucoup de cachet. Dans les sites notables, il faut également noter la Aegidienkirche, une église bombardée pendant la guerre dont il ne reste plus que les murs.

J’ai eu peu de temps pour explorer, mais Hanovre m’a fait l’impresison d’une ville peu touristique mais néanmoins active. La gare était pleine de monde, il y avait des manifestations dans le centre-ville et j’ai vu beaucoup de supporters du Hannover 96 (et de policiers…) ce matin dans les rues pour un match (l’équipe joue en deuxième division). Mon hôtel était par ailleurs top niveau avec une cabine de douche musicale. Immédiatement meilleure douche de ma vie, je regrette de n’être resté qu’une nuit.

Alors qu’on touche à la fin, je suis content. Content de rentrer et content de l’avoir fait. Difficile de dire ce que j’en retiens dans l’immédiat tant les étapes se sont enchaînées très vite. Mon niveau de stress a été plutôt en décroissant, avec les complications autour du trajet de Hambourg à Stockholm, puis la détente une fois à bord du ferry. La gestion de la fatigue n’a pas toujours été évidente avec les journées de visite très actives et les journées de voyage épuisantes, d’autant plus quand le départ est tôt et qu’il y a une correspondance à assurer.

S’agissant des destinations, je pense que mon tiercé dans l’ordre des capitales baltes va du sud au nord. Vilnius a beaucoup de caractère et m’a paru plutôt « authentique » par rapport aux deux autres dont le centre m’a semblé complètement dédié aux touristes. En Pologne, Varsovie m’aura moins séduit que ne l’avait Cracovie. La faute aux grands immeubles un peu moches et à la reconstruction très marquée « années 50 » par endroits, qui fait un peu patchwork à côté des reconstitutions historiques.

Helsinki, enfin, était très plaisante, alors que ce n’est pas particulièrement une « belle ville » au sens commun des grandes capitales d’Europe de l’ouest. J’y ai passé trop peu de temps pour l’apprécier complètement (c’est vrai de toutes les villes du trajet, qui subissent toutes un jugement un peu hâtif de ma part) donc la ville méritera que j’y retourne, de même que la Finlande, de même que la Scandinavie d’une façon générale (le saviez-vous ? au sens premier, la Finlande ne fait pas partie de la Scandinavie qui n’inclut que le Danemark, la Suède et la Norvège). À un rythme plus détendu, en prenant le temps. J’avais failli prévoir une étape à Tampere lors de la préparation, rien que la vue satellite ayant suffi à me donner envie (je veux me baigner dans ces lacs) (et j’ai l’impression qu’une nouvelle voie s’est ouverte pour justifier d’y retourner).

Je continue d’entretenir ma relation amicale avec l’Allemagne, dont j’escompte bien maîtriser la langue un jour. Le pays est quasiment immanquable depuis la France dès qu’on part vert l’est, ce n’est donc qu’un au revoir. Dommage que son réseau ferré soit toujours si plein de surprises (mais n’est-ce pas ce qui fait son charme ?). Où que je me trouve, j’apprécie la « vibe » du pays qui me donne l’impression d’être assez agréable à vivre et finalement assez détendu, assez loin de l’image qu’on prête généralement aux Allemands.

Si on prend un peu plus de recul, je me rends compte qu’un tel itinéraire était assez ambiteux par rapport au temps alloué. Le nombre d’étapes auraient dû être réduits et le temps passé sur place rallongé, mais cela aurait imposé des choix, donc des sacrifices. Ces aperçus très rapides m’auront au moins aidé à me faire une idée synthétique de chaque lieu, très dépendante aussi de la façon dont j’ai occupé ce temps quand j’y étais. Si j’avais été voir tel musée plutôt que tel parc, ou visiter tel quartier plutôt que tel autre, ou si j’avais occupé ces quelques heures à une promenade en bâteau plutôt que sur la plage, sûrement que ma perception en aurait été changée. Mais c’est le lot du voyage.

Je n’en sors pas dégoûté du voyage ferroviaire, au contraire. Sur l’ensemble de l’itinéraire j’ai eu deux trajets perturbés (en Allemagne…). Il est en outre assez satisfaisant de se dire que toute cette route on l’a faite « au sol » et qu’on a donc quasiment physiquement « avaler » tous ces kilomètres, plutôt que de les survoler littéralement par simple tour de passe passe aéronautique. À refaire, peut-être devrais-je me laisser plus de libertés pour adapter ma route, rester plus longtemps à un endroit ou au contraire abréger un séjour. Cela risque cependant d’ajouter du stress logistique dont j’ai essayé de me défaire en planifiant tout avant. La période estivale se prête peut-être également moins à ce genre d’exercice en raison de la demande accrue.

Si on prend encore plus de recul, je suis content d’avoir tenu ce journal de bord qui m’a un peu forcé à prendre de la hauteur sur ce que je faisais et ce que je vivais, même si ce n’est que pour écrire trois paragraphes dans un état semi-comateux. Je pourrai en outre diriger vers cet article toute personne me demandant comment se sont passé mes congés : je ne pourrai pas être plus complet que ce que j’ai écrit ici.

Pour un bilan statistique :

Il va être temps de mettre un point final à ce tour, félicitations si vous êtes arrivés jusqu’ici.


13 mai 2026

# Étude qualitative des minutes de silence à l’Assemblée nationale

CC BY-SA 3.0 Richard Ying et Tangui Morlier, 2009

L’Assemblée nationale est régulièrement le théâtre d’hommages solennels en commémoration de divers événements du monde. Ces hommages donnent lieu alors parfois à des minutes de silence qui restent le plus souvent confinés à l’hémicycle mais font parfois parler d’eux au-delà. Il est alors plus question de l’hommage en lui-même que de son objet. Ce fut le cas dernièrement à l’occasion de « l’affaire Quentin Deranque », qui relança le débat régulier sur ce qui doit faire ou non l’objet d’une minute de silence à l’Assemblée nationale, et l’immanquable comparaison avec les minutes de silence précédentes (et celles qui n’ont pas eu lieu).

Il se trouve qu’un article Wikipédia est dédié à lister ces minutes de silence, mais il m’est apparu un peu confus en listant les événements selon le « type d’hommage » (décès de députés, décès d’autres personnalités politiques, catastrophes naturelles, guerres…), ce qui peut être ambigu à l’occasion, et incomplet avec plusieurs omissions et un défaut de sources. Cela m’a paru dommage alors que cet article reçoit des pics de visite à chaque fois que le sujet revient sur la table. C’est donc une visée d’éclaircissement du débat public que je me suis donc lancé dans une recherche exhaustive des minutes de silence observées à l’Assemblée nationale afin d’améliorer l’article.

Ouvrons les archives

Pour cette recherche je me suis appuyé sur les comptes-rendus des séances, mémoire de l’activité parlementaire depuis 1789 (même si je me suis limité à la Ve République) et disponibles librement en ligne. Au-delà de ce sujet de recherche, ce sont des documents fascinants pour avoir un aperçu des discussions et de l’atmosphère d’une époque.

Les minutes de silence sont signifiées assez explicitement dans les comptes-rendus, généralement sous la forme :

« Mme la présidente. Mes chers collègues, en signe d’hommage à […] je vous demande d’observer une minute de silence. (Mmes et MM. les députés et les membres du gouvernement se lèvent et observent une minute de silence.) ».

Quelques exemples récents : hommages à Lionel Jospin, aux victimes de l’incendie de Crans-Montana, à deux soldat français décédés.

La méthode fut donc assez bêtement une recherche de texte « minute de silence » dans les comptes-rendus. Je me suis lancé en remontant le temps, depuis la législature actuelle (la 17e, commencée en 2024) jusqu’à la première de 1958. Le site de l’Assemblée nationale héberge opportunément un moteur de recherche dans ses comptes-rendus, mais il ne fonctionne qu’à partir de la 15e législature (2017). C’est bien pratique cependant pour commencer.

Jusqu’à la 11e législature, les comptes-rendus sont encore au format HTML, mais sans moteur de recherche. On s’en sort néanmoins facilement en téléchargeant tous les comptes-rendus et en faisant encore la recherche de texte « minute de silence » (toujours une bonne raison d’écrire quelques lignes de Python).

Quand on remonte encore dans le temps, on a finalement des fichiers PDF scannés des comptes-rendus originaux dactylographiés. Pour en venir à bout, j’ai basculé sur un moteur de recherche classique (type Google) avec des requêtes types « inurl:https://archives.assemblee-nationale.fr/7/cri/ "minute de silence" » pour rechercher par exemple dans les archives de la 7e législature (je note à l’occasion que la requête ne fonctionne curieusement plus sur Google chez moi, où on persiste à me dire qu’il n’y a aucun résultat exact, alors que la même requête fonctionnait encore il y a quelques jours…) (ça doit être ça « l’emmerdification »).

Il ne s’agit évidemment pas d’une science exacte, certaines pages pouvant ne pas être indexées par le moteur de recherche, des sauts de lignes pouvant empêcher la séquence « minute — de silence » d’être reconnue, ou les agents chargés du compte-rendu pouvant encore se laisser aller à l’improvisation en n’écrivant pas que l’Assemblée observe une minute de silence mais « se recueille quelques instants ».

Pour compléter le travail, un compte-rendu analytique est publié à peu près annuellement par les services de l’Assemblée. Il récapitule, thème par thème, ce qu’il s’est passé en séance pendant la session. En particulier, on y trouve généralement une entrée HOMMAGES (par exemple en 1983) et une entrée ÉLOGES FUNÈBRES (la même année). Il permet de repérer des hommages qui auraient pu échapper à mon attention.

Après quelques semaines d’un travail de moine, je suis parvenu à remonter jusqu’en 1958 et à identifier un peu moins de 400 minutes de silence.

Mise en forme encyclopédique

Mon objectif était toujours de partager le résultat de mes recherches sur Wikipédia. Il s’agissait d’une réécriture complète de l’article, donc j’avais intérêt à être assez rigoureux pour ne passer pour un vandale. J’avais en particulier des craintes concernant le respect des règles de Wikipédia.

L’un des critères d’admissibilité des articles de Wikipédia est que cette encyclopédie n’est pas destinée à servir de lieu de publication pour les travaux inédits, dits aussi recherches personnelles.

Les travaux inédits sont des recherches qui n’ont jamais été publiées en dehors de Wikipédia ou bien qui représentent une « révolution » non encore connue ou débattue dans le domaine, une opinion excessivement minoritaire ou que l’on ne peut associer qu’à des sources jugées confidentielles et/ou peu fiables voire, plus simplement, des interprétations, déductions ou intuitions personnelles du rédacteur de l’article.

Travaux inédits (WP:TI)

Tout article de Wikipédia doit se référer à des savoirs connus et reconnus. La sélection, agrégation ou interprétation de sources primaires relève d’un processus de recherche, assimilable à un travail inédit, et doit être évitée dans les articles de Wikipédia.

Sources primaires, secondaires et tertiaires (WP:SPS)

Est-ce qu’en m’appuyant quasiment exclusivement sur les comptes-rendus des séances plutôt que (par exemple) sur des articles de presse pour évoquer les minutes de silence, je respectais encore les règles ? La plupart des minutes de silence passent complètement sous les radars et ne font l’objet d’aucune reprise, d’autant plus vraisemblament pour les plus anciennes quand les canaux médiatiques étaient plus limités qu’ils ne le sont aujourd’hui. En outre, la compilation des minutes de silence n’a en outre jamais été réalisé de cette façon ; cela constitue-t-il donc un travail inédit et cela a-t-il sa place sur Wikipédia ?

La règle WP:SPS laisse une marge d’appréciation sur l’usage des sources primaires, si la source est fiable et si on l’utilise pour des « assertions factuelles ou descriptives ». Considérant que l’article dans son état précédent ne contenait aucune source pour certaines des minutes de silence, on peut considérer le renvoi systématique vers le compte-rendu comme une amélioration certaine. Quant à la considération sur le « travail inédit », il est notable là aussi que l’article, dans son état précédent, constituait déjà une compilation inédite, mise à jour au fur et à mesure, et que je ne pouvais donc enfreindre aucune règle qui ne serait pas déjà bafouée. Enfin, l’article avait l’objet d’un débat d’admissibilité en 2014 qui avait conclu à son maintien, ce qui me paraît valoir validation de la méthode.

S’agissant de la forme, plutôt qu’une liste classée par « type d’hommage », je voulais réorganiser les minutes de silence chronologiquement, par législature (période entre deux renouvellements de l’Assemblée nationale). En outre, j’ai opté pour une présentation sous la forme d’un tableau qui me paraissait plus simple à lire. Pour chaque minute de silence, j’indique son objet, la date, des détails sur l’événement ou sur l’hommage en lui-même (si pertinent) et un lien vers le compte-rendu (sources primaires mais sources quand même).

D’une manière générale :

Un petit best of : des députés qui meurent, des souvenirs de la Seconde guerre mondiale et des catastrophes en tout genre

Dans certains cas, il n’était pas évident de retrouver à quel événement exact la minute de silence était dédiée. Par exemple, le 28 juin 1988, Laurent Fabius ouvre la séance en annonçant « Notre pays vient d’être endeuillé par deux très graves accidents qui ont bouleversé beaucoup de nos compatriotes », ce qui n’est pas explicite presque quarante ans après. Après quelques recherches, il m’est apparu qu’il était certainement question d’un crash aérien à Mulhouse et de l’accident ferroviaire de la gare de Lyon.

J’ai également un exemple où une minute de silence est mentionnée ailleurs mais n’apparait pas dans le compte-rendu. La séance du 6 décembre 2013 s’ouvre en évoquant le décès de Nelson Mandela la veille, en indiquant qu’un hommage sera rendu à prochaine séance. Pas de trace d’un recueillement d’après le compte-rendu, mais un article du Parisien le même jour indique tout de même que « La petite dizaine de députés présents a observé quelques secondes de silence ». Probablement un cas où on peut faire confiance à l’article et supposer que les « quelques secondes de silence » ont effectivement été évincées du compte-rendu.

Après avoir préparé l’article pendant plusieurs semaines sur une page personnelle, j’ai fini par le publier pour de bon. Pour le lire, rendez-vous ici. L’article sera certainement mis à jour à l’avenir par d’autres personnes ou moi-même, ne serait-ce que pour le maintenir à jour avec les nouvelles minutes de silence qui auront lieu. La forme en tout cas ne devrait pas trop changer.

Je serai partisan (un jour peut-être) de renommer l’article en Minutes de silence à l’Assemblée nationale et d’ajouter une partie de contexte sur le sujet (la pratique, les polémiques, etc.). Ça nécessiterait certainement en tout cas un petit travail de documentation. En attendant, je vous propose pour finir de vous partager quelques enseignements.

Qu’est-ce qu’on en retient ?

Après avoir passé autant de temps le nez dans les archives, je dois bien en revenir avec quelques grandes idées sur les minutes de silence à l’Assemblée nationale. Certes.

Un premier constat pour commencer : il n’y a pas de règle concernant les minutes de silence. Il n’y a aucune mention dans le règlement de l’Assemblée nationale. On s’en tient donc à son article 52, alinéa 1 : « Le Président ouvre la séance, dirige les délibérations, fait observer le Règlement et maintient l’ordre ; il peut, à tout moment, suspendre ou lever la séance ». Il n’y aura donc une minute de silence que si le président de la séance le veut bien.

C’est d’ailleurs lui qui en est à l’initiative le plus souvent (en tout cas pendant la séance, l’idée peut lui venir d’ailleurs). Il les introduit, les lance et les interrompt. Il arrive cependant que des députés ou des ministres sollicitent le président de la séance pour faire observer une minute de silence, ce qui se conclut généralement sur un refus, mais pas systématiquement. Certains députés enfin tentent de truander leur minute de silence en utilisant leur temps de « parole » pour rester silencieux. Certains présidents laissent faire, d’autres non. Ce fut le cas lorsque Cécile Duflot souhaita faire observer une minute de silence pour Rémi Fraisse pendant une question au gouvernement, ce qui ne lui fut pas permis par Claude Bartolone (une vidéo pour changer).

Au-delà des polémiques, à quoi l’Assemblée nationale rend-elle hommage ? Dans l’immense majorité des cas, à des députés décédés. Les députés qui meurent pendant leur mandat ont droit à un traitement « privilégié » avec un éloge funèbre prononcé par le président de l’Assemblée nationale en présence généralement de la famille, en plus de la minute de silence observée immédiatement après leur décès. Quand on remonte le temps, on voit que les anciens députés avaient aussi à une époque droit à leur minute de silence quasi-systématique au moment de leur décès, mais cette pratique s’est perdu (sauf pour les anciens députés qui ont eu une carrière suffisamment marquante pour qu’on se souvienne d’eux : Chirac, Giscard, Jospin…). Elle a atteint son sommet pendant les années 1980, avec parfois des « lots » d’une petite dizaine d’anciens députés qui avaient droit régulièrement à leur minute de silence collective (exemple).

En comparaison, lors de la disparition d’André Chandernagor en novembre 2025, dernier député de la 1re législature (!), il n’y a pas eu de minute de silence, Yaël Braun-Pivet préférant même le faire applaudir. Cela me paraît plus approprié, considérant que les minutes de silence ont d’autant plus de poids que quand on sait à quoi on rend hommage, la figure d’André Chandernagor étant certes respectable mais probablement un peu lointaine vue de notre époque. Cela permet aussi de constater que les hommages rendus à l’Assemblée nationale ne donnent pas toujours lieu à une minute de silence.

Pour finir sur les pratiques du passé, les premières années de la Ve République étaient marquées par des hommages réguliers à la Seconde guerre mondiale, en particulier le 6 juin et le 8 mai. C’est d’autant plus compréhensible que ces dates étaient moins des repères historiques pour les députés que des souvenirs bien concrets, notamment pour le président Jacques Chaban-Delmas, résistant de son état.

De manière un peu évidente, il n’y a pas de minute de silence à l’Assemblée nationale quand l’Assemblée ne siège pas. Les événements qui se produisent entre deux sessions parlementaires peuvent donc paraître ignorés par les députés. Par exemple, les papes Paul VI et Jean-Paul Ier sont décédés coup sur coup en août et septembre 1978 : pas de minute de silence pour eux car la session ordinaire ne reprend qu’en octobre, mais l’Assemblée se rattrapera avec Jean-Paul II qui a le bon goût de mourir en avril, en plein milieu de la session.

Une évolution intéressante à constater est l’apparition des hommages aux soldats morts au combat. Ils sont exclus initialement des minutes de silence, avec notamment cette intervention le 21 novembre 1988 : le député Robert Pandraud souhaite une minute de silence pour les gendarmes morts à Ouvéa en Nouvelle-Calédonie, mais le président de la séance signale que « les minutes de silence doivent conserver un caractère tout à fait exceptionnel : elles sont, en principe, réservées au décès de députés, de chefs d’Etat ou de Gouvernement ».

Plus récemment en 2010, alors qu’un soldat vient de décéder en Afghanistan, le député Jean-Pierre Grand s’étonne qu’il n’y ait pas de minute de silence pour lui. Le président Bernard Accoyer lui répond « il n’est pas dans les règles, lorsqu’il y a un conflit armé, qu’à chacun des décès il y ait ici une minute de silence ». Cette règle se trouvera cependant contredite quelques années plus tard avec l’engagement de la France au Mali à partir de janvier 2013, puisqu’une quinzaine de minutes de silence seront observées dans les mois qui suivent, pour chaque perte en Afrique, soldats ou otages (et c’est encore vrai aujourd’hui).

Enfin, regardons les pratiques actuelles. Il semble y avoir un tropisme ces dernières années pour les faits divers, avec la litanie de ces affaires désignées par un seul prénom : Thomas, Philippine, Aboubakar… Quentin. Ce n’est pas complètement nouveau, puisque les petits Mathias et Madison avaient déjà eu droit à « leur » minute de silence après leurs meurtres respectifs en 2006, mais la tendance va croissante. Ces types d’événement sont évidemment désolants, mais malheureusement assez courants et interrogent sur le temps que l’Assemblée nationale doit leur consacrer. D’autant qu’ils conduisent à une course à l’émotion, voire une course au « martyr », avec des reprises politiques selon que les circonstances du drame paraissent servir tel ou tel discours. Et in fine, une comparaison incessante entre ceux qui ont « mérité » leur minute de silence et les autres.

La morale est peut-être là : à l’Assemblée nationale, on fait de la politique, et les minutes de silence en sont une occasion comme une autre. Que ce soit pour convoquer la mémoire des grands hommes d’État disparus, assurer la cohésion de la Nation derrière ses soldats en guerre ou mettre en lumière l’insécurité et ses victimes.

Une citation de Jacques Chaban-Delmas pour finir, alors que Marcel Bigeard lui demande un hommage aux Français morts en Indochine :

« Dans les temps troublés que nous traversons, nous pourrions avoir des minutes de silence quotidiennes, et même peut-être plusieurs par séance. »


28 octobre 2025

# L’aléatoire c’est bien, mais il faut penser au retour

(c) Freepik

Il m’arrive par moment de me piquer d’intérêt pour les vidéos de voyage et « d’aventure » sur YouTube (l’aventure pouvant parfois se résumer à une promenade en nature). Un thème récurrent dans les médias de ce genre est le choix d’un point au hasard avec l’objectif de s’y rendre, voire d’en revenir (exemple 1, exemple 2).

L’algorithme de choix n’est généralement pas excessivement détaillé, ou alors se résume en un choix dans un rectangle compris entre deux méridiens et deux parallèles, ce qui n’est pas très enthousiasmant comme problème à résoudre. En effet, il suffit dans un rectangle de choisir une abscisse et une ordonnée entre les deux bornes limites. Mon tropisme naturel et mon esprit franco-centré m’a donc naturellement conduit à me poser la question la plus naturelle : comment ferait-on pour choisir un point au hasard en France ?

Un premier instinct serait de délimiter la France dans un rectangle (ou plusieurs rectangle) et de croiser les doigts pour ne pas tomber dans l’eau ou un pays limitrophe. Ou alors recommencer jusqu’à ce qu’on tombe juste. Mais ce n’est pas très élégant et encore faudrait-il être capable de déterminer algorithmiquement si un point est bien sur le territoire français. Et pour cela, il va nous falloir quelques données.

La France est un polygone mais pas celui que vous croyez

Je me suis d’abord lancé à la recherche d’une liste des points frontaliers de la France. Je pensais naïvement que je trouverais ça avec l’API d’Etalab geo.api.gouv.fr, qui fournit déjà le tracé des communes, départements et régions, mais en fait non. Je me suis ensuite tourné vers l’IGN, mais chou blanc également. C’est donc sur OpenStreetMap que j’ai fini par trouver mon bonheur, mais ça n’a pas été une sinécure. Alors que je pensais m’en tirer avec un bête clic droit « Télécharger la frontière », c’est sur l’obscur overpass-turbo.eu que j’ai fini par trouver mon bonheur, avec cette requête que je ne saurai plus vous expliquer, probablement tirée de la lecture croisée de trois forums différents.

[out:json][timeout:25]
relation(16467322);
(._;>;);
out body;

J’en ai donc tiré un fichier GeoJSON contenant une liste de près de 2 000 polygones formant la France métropolitaine, les plus grands constituant la France continentale (380 365 côtés), puis la Corse (79 359 côtés) et Ouessant (16 678 côtés). Autant dire qu’on suit le tracé de la frontière d’assez près.

Paradoxe du littoral, illustration.

Maintenant qu’on a ces informations, la réflexion peut commencer. Le prochain défi est de passer de la représentation géographique à la représentation géométrique. Tous ces points doivent être placés sur une carte. Pour cela, le choix d’une méthode de projection s’impose. Après quelques recherches, la projection conique conforme de Lambert paraît être le système de référence en France métropolitaine (il y a même un décret dessus, c’est dire si c’est sérieux). Son principal défaut cependant est d’être parfaitement imbuvable et d’une complexité bien supérieure à l’ambition initiale du projet et à mes propres compétences en la matière.

J’ai donc opté pour une méthode plus simple à mettre en œuvre, en l’espèce la projection sinusoïdale : l’ordonnée d’un point est proportionnelle à sa latitude, et l’abscisse est ajustée proportionnellement à la longitude et au cosinus de la latitude (si vous me permettez un excès d’arrogance, j’ai redécouvert la méthode par moi-même avant de découvrir qu’elle avait déjà un nom). L’enjeu est d’assurer une représentation à peu près réaliste des surfaces. Sinon, en assimilant longitude et latitude à abscisse et ordonnée comme dans la projection de Mercator, on représente le nord de façon disproportionnée par rapport au sud et le tirage aléatoire d’un point n’est plus uniforme sur le territoire. Dans le détail, on pose les variables suivantes :

Puis on définit pour notre convenance la variable \(r\) suivante :

On peut enfin faire nos calculs, avec \(x\) le numéro de colonne du pixel correspondant au point sur l’image et \(y\) le numéro de ligne :

$$x = M+\frac{L}{2}+r\cdot\left(\lambda-\frac{\lambda_{max}-\lambda_{min}}{2}\right) \cdot \cos \left(\phi\right)$$

$$y = M+r\cdot\left(\phi_{max}-\phi\right)$$

Après des calculs dûment réalisés on obtient la représentation suivante, ma foi pas honteuse :

Hum, oui, c’est la France quoi

Une note : pour placer les points sur l’image on prend des valeurs entières de \(x\) et \(y\), mais pour la précision des calculs on conserve les valeurs flottantes (avec des chiffres après la virgule).

C’est bien beau mais on fait quoi avec tout ça ?

L’enjeu à présent est de réussir à choisir un point au hasard dans un de nos polygones de façon uniforme. Pour cela on ne va pas utiliser la méthode évoquée plus haut du point tiré dans un rectangle jusqu’à tomber sur le territoire. On va partir sur un autre procédé plus satisfaisant (à mon sens, vous savez, les goûts et les couleurs). En l’espèce, les polygones ont le bon goût de tous pouvoir être découpés en triangles et l’algorithme pour choisir un point au hasard dans un triangle est simple à mettre en œuvre. Prochaine étape donc : la triangulation du territoire (hommage aux Cassini). Pour cela, j’ai repris le code de ce dépôt sur GitHub, qui a bien fait le travail.

Enfin bon, il a bien fait le travail mais il a quand même pris son temps, le bougre. 30 heures. Je veux bien croire que mon PC n’est pas une bête de course mais soyons sérieux.

Deux dodos plus tard, donc, j’avais à disposition une liste d’environ 600 000 triangles (pour à peu près autant de points dans mon fichier d’origine). Le plus petit est de l’ordre de \(10^{-15}\) pixels (vous n’aviez sûrement encore jamais vu de femto-pixels auparavant) du côté de l’Île d’Yeu ; le plus grand est de l’ordre de 1,3 million de pixels ; et la surface totale couverte est d’environ 5,1 millions de pixels. Pour le plaisir de vos yeux voici à quoi ressemble la triangulation sur la carte.

La France est divisée.

Le calcul de l’aire de chaque triangle permet de choisir un triangle au hasard en pondérant selon la surface : il faut en effet qu’on ait un peu plus de chance de tomber sur notre gros triangle qui occupe un quart de la surface du pays que sur notre micro-machin dans l’Atlantique. Notez que je parle ici de surfaces mesurées en pixels mais l’idée est d’avoir des valeurs proportionnelles aux vraies aires. Les superficies inférieures à un pixel sont théoriques, d’une part car invisibles sur la carte, et d’autre part leur probabilité d’être choisie est négligeable. Je les ai tout de même inclues dans mes petits calculs par soucis de complétude.

Pour choisir un triangle au hasard, on classe nos triangles par ordre de taille, du plus petit au plus grand, et on crée à côté une liste des surfaces cumulées de nos triangles : la première valeur est égale à la surface du premier triangle, la deuxième à la somme des surfaces des deux premiers triangles, la troisième des trois premiers… puis la dernière valeur de la liste est la surface totale des triangles. Il ne nous reste plus qu’à choisir un nombre au hasard entre 0 et la surface totale, et on remonte la liste des surfaces cumulées jusqu’à dépasser la valeur tirée. Notre position dans la liste indique le triangle retenu.

Pour choisir un point au hasard dans le triangle, j’ai adapté la méthode proposée ici sur Stackoverflow par un aimable contributeur.

Pour la mise en œuvre pratique de ces considérations algorithmiques, j’ai fini par mettre de côté Python. En effet, les scripts dans le terminal, c’est rigolo mais ce n’est pas très visuel et c’est difficile d’accès. J’ai donc entrepris le développement d’une page web dédiée pour la démonstration (eh oui, vous pourrez jouer à la fin de l’article, tout ceci n’est pas purement théorique). L’objectif est d’avoir un gros bouton qui affiche un point sur la carte et les coordonnées géographiques correspondantes.

Je me suis donné du mal mais ça marche

En synthèse, j’affiche sur la page ma carte que je vous ai montré au début et je superpose par dessus un objet <canvas>. Quand je clique sur un bouton, les opérations que je vous ai décrites juste avant se réalisent : choix d’un triangle et choix d’un point dans le triangle. Il n’y a plus qu’à faire les opérations pour la projection que je vous ai décrites précédemment en sens inverse. Pour placer le point sur la carte, il faut prendre en compte le redimensionnement de l’image mais rien de plus compliqué qu’une règle de trois.

Je vous passerai mes prises de tête avec Javascript et le CSS pour que tout soit aligné comme il faut, mais j’ai tout de même rencontré un petit souci pratique qui vaut bien un détour : la liste des triangles occupe relativement beaucoup de place (75 Mo) et la page prend bien dix secondes à se charger (sur mon ordinateur encore une fois, ce n’est pas une référence absolue mais ça incite à se poser des questions d’optimisation). Plutôt que de charger les triangles avec une balise <script> j’ai donc opté pour une solution alternative où tous mes triangles sont répartis dans autant de fichiers (près de 600 000 donc). Une fois que je connais l’index du triangle dans lequel je vais faire la suite de mes opérations, je l’appelle unitairement dynamiquement (les fichiers s’appellent 0, 1, 2... 599591 et font quelques octets chacun) pour un « coût » minime (si ce n’est l’enfer de gérer de l’asynchrone et les promesses Javascript).

Le site est statique et fonctionne complètement en local. Si vous voulez récupérer le code, vous pouvez faire Ctrl+U. Il faudra aussi penser à récupérer tout le contenu du dossier script/triangles/.

Évidemment, alors que j’écris ces lignes, j’ai entamé la copie des fichiers vers le serveur et je commence à remettre en question la pertinence de mes choix parce que 600 000 fichiers de 100 octets prennent bien plus de temps à la copie qu’un seul faisant la même taille cumulée. Tous ces femto-pixels valaient-ils vraiment la peine d’être pris en considération ?

Trève de plaisanterie, vous pouvez vous amuser dès maintenant en cliquant juste en dessous.

Le fun c’est par là.

Je ne suis toujours pas web designer.

J’ai hésité à finasser avec des fonctionnalités supplémentaires, pour pouvoir choisir le territoire sur lequel on veut tirer notre point au hasard (commune, département, région, outre-mer compris), un historique des points tirés avec possibilité de conserver les points sur la carte au fur et à mesure, un cookie pour retrouver son historique quand on retourne sur la page, un appel API pour afficher la commune d’atterrissage… Bref, les idées ne manquaient pas, mais il faut aussi savoir se satisfaire d’un produit qui fonctionne. Je laisse quand même cette road map ici si la motivation me revient.

Pour ce qui me concerne, je ne suis pas encore parti à l’aventure. Ça viendra peut-être. J’avoue que je me suis lancé tête baissée dans le développement de ce machin en étant plus séduit par l’exercice intellectuelle que par un besoin réelle. Mais maintenant que c’est fait, charge à vous de vous en saisir, moi j’ai fait ma part du travail.

Merci pour votre attention.


4 février 2025

# Où sont promulguées les lois ?

(c) Freepik

Le 21 décembre 2024, a été publiée au Journal officiel la fameuse loi spéciale qui doit permettre de pallier l'absence temporaire de budget pour l'année 2025. Le fond de la loi nous intéresse ici fort peu, mais un petit détail m'a interpelé dans le bas de la page.

La loi n'a pas été promulguée à Paris mais à Mamoudzou, la capitale de Mayotte. En effet, quand la loi a été promulguée le 20 décembre 2024, le chef de l'État était en déplacement sur l'île, sinistrée quelques jours auparavant par un cyclone.

Cela m'a conduit à me poser une question essentielle : Est-ce que cela arrive régulièrement ? Et quels autres lieux ont eu l'honneur d'être le théâtre d'une promulgation présidentielle ?

Pour y répondre, nous nous tournons vers Légifrance, « le service public de la diffusion du droit ». Bénie soit notre République moderne et numérique, une API nous est gracieusement mise à disposition afin d'interroger les fonds légaux.

L'API est un peu bordélique et ce n'est pas évident de s'y retrouver parmi toutes les commandes proposées pour consulter, rechercher, lister parmi les textes publiées, les textes consolidés ou les débats parlementaires. Mais, apprécions tout de même le fait qu'elle existe.

Cela nous permet donc d'interroger en particulier la base des Journaux officiels et d'y rechercher les textes publiés répondant à certains critères. En l'espèce, on ne recherche que les promulgations de loi. Les textes ne sont correctement enregistrés au format « texte » qu'à partir de 1990 (ce qui est déjà admirable en soi), pour les textes plus anciens on n'a souvent que le journal papier numérisé.

L'API renvoie des données JSON contenant les métadonnées des textes et leur contenu au format HTML. Les métadonnées incluent une variables signers, correspondant au bloc des signatures du texte. Il faut alors en extraire la chaîne de caractères "Fait " pour en tirer derrière le lieu de la signature (« Fait à Paris », « Fait à Mamoudzou »…).

Petite contrariété, certains textes gèrent mal cette donnée et le bloc de signatures est à aller chercher directement dans le corps du texte, à la fin du dernier article de la loi. Il faut alors naviguer péniblement dans les sections et sous-sections du texte jusqu'à trouver la dernière (non, elles ne sont pas toujours rangées dans l'ordre).

Ces obstacles surmontés, que disent les chiffres ? Après un peu de nettoyage et une petite revue manuelle, j'ai identifié depuis 1990, sur 3032 textes analysés pour lesquels le lieu de signature est indiqué, 99 textes promulgués hors de Paris :

Lieux Occurences
Paris 2933
Fort de Brégançon 58
Le Lavandou 13
Saint-Paul 7
Itacaré 5
Eugénie-les-Bains 3
Nouméa 3
Lyon 2
Port-Vila 1
Washington 1
Rio de Janeiro 1
New Delhi 1
La Mongie 1
Mamoudzou 1
Toulon 1
Charleville-Mézières 1

En dehors de Paris (environ 97 % des textes), les lieux de villégiature des Présidents de la République se détachent. Il y a évidemment le Fort de Brégançon et Le Lavandou (pour rappel, Nicolas Sarkozy séjourna régulièrement au Lavandou où la famille de Carla Bruni possède une villa), mais aussi :

Les autres villes relèvent de déplacements plus classiques. Peut-être s'étonnera-t-on de l'absence de Versailles, où se trouve une autre résidence présidentielle et où Emmanuel Macron a passé du temps à l'isolement à la fin de 2020.

Par ailleurs, si on compte, pour chaque président, le nombre de promulgations délocalisées hors de Paris, on constate une tendance marquée.

Présidents de la République Promulgations hors de Paris
François Mitterrand* 0
Jacques Chirac 14
Nicolas Sarkozy 18
François Hollande 4
Emmanuel Macron 63

* De 1990 à 1995 uniquement.

Il y a eu sous Emmanuel Macron une explosion des lois promulguées hors de Paris. Sur 99 textes promulgués hors de Paris depuis 1990, 63 l'ont étés sous sa présidence ! Alors qu'on pensait avoir fait le tour des anomalies statistiques le concernant, en voici une nouvelle qui vous est offerte sur un plateau. Cela peut s'expliquer par une forte activité en été, avec de nombreuses lois promulguées depuis le Fort de Brégançon : 1 à l'été 2018, 15 en 2019, 5 en 2020, 11 en 2021, 8 en 2022, 13 en 2023. Et aucun en 2024, trêve olympique oblige :o)

Dans le cadre de cette étude, je n'ai pris en compte que les lois (ordinaires, organiques et constitutionnelles) parce que le lieu de signature y est (presque) toujours renseigné ; ce n'est pas le cas pour les textes réglementaires où seule la date est (généralement) renseignée, quand les champs ne sont pas tristement laissées vides, comme un formulaire administratif un peu pénible.


1er octobre 2024

# Le redémarrage du blog

Autoportrait, par Joseph Ducreux

Ce blog renaît ! Après avoir longtemps procrastiné la refonte de ce site, je me suis enfin décidé à donner le coup de collier nécessaire pour y arriver.

Deux changements notables :

  1. Un nouveau visuel, inspiré par tous ces sites minimalistes des tech bros de la Silicon Valley qui occupent la première page de Hacker News. J'ai largement pompé la feuille de style du Better Motherfucking Website (rien de grossier ou NSFW dans tout ça, rassurez-vous), qui se veut une démonstration de la possibilité de faire des sites web fonctionnels et élégants sans solliciter des ressources technologiques démentielles.
  2. À la faveur de ce redesign, j'ai changé d'outil de génération, délaissant Jekyll qui était devenue une tannée à faire fonctionner à cause de ses nombreuses dépendances et de ses mises à jour successives qui avaient fini par complètement casser ma « chaîne de production » d'articles (déjà largement enraillée par mon manque de motivation).

Sur ce dernier point, vous vous demandez probablement (toi le lecteur égaré) pour quelle alternative j'ai optée. Eh bien après avoir envisagé d'utiliser Hugo, qui n'avait finalement pas l'air plus simple d'usage, j'ai fini par me retrousser les manches pour pondre un script Python complètement de mon cru. Cela me permet de reprendre complètement la main sur la chaîne éditoriale et de m'abstraire des outils tiers dont je n'ai besoin finalement que d'une infime partie des fonctionnalités.

Je continue de rédiger mes articles en Markdown (je voulais quand même pouvoir reprendre mes anciens fichiers sources sans trop d'efforts), et mon script vient construire les pages une à une, sur la base d'une poignée de fichiers HTML « modèles », et les placer dans une arborescence de fichiers que je n'ai plus qu'à coller dans la destination. Le script n'a qu'une seule dépendance externe : le paquet PIP Markdown pour la conversion de Markdown vers HTML. J'ai brièvement hésité à recoder cette bibliothèque pour m'isoler complètement des contingences extérieures mais ça aurait été un effort disproportionné.

J'ai bien conscience que ce mode de fonctionnement me place très à contre-courant, à cette époque où Javascript est la nouvelle lingua franca, mais avoir un blog est une forme de contre-culture en soi. Ceci est donc une forme de démarche politique.

Je caresse le doux rêve que cela me permettra de bloguer plus facilement à l'avenir, sans prise de tête, éventuellement pour des articles plus courts mais plus fréquents, mais je ne me fais plus aucune illusion et je ne promets rien. Mais ce serait bien.